Au moment où le pape Benoît XVI annonce sa démission....

Je fais un rêve... Le rêve d'une église humaine, fraternelle, humble et surtout démocratique  (I have a dream...)

 

Les questions qui devraient se poser à tous les membres de l'Eglise  Catholique sont dès à présent :



1) Peut-on se résigner à voir l’Église catholique figée sur elle-même, tentée par un repli sur soi, comme une citadelle assiégée par la sécularisation, coupée à ce point des hommes d'aujourd'hui, devenir peu à peu une caricature de l'Évangile ?

 

2) Comment l’Église catholique pourra-elle sortir de ce système "féodal" dépassé de Monarchie absolue (où les clercs imposent leur manière de voir et de penser), système qui la pétrifie, et trouver un nouvel élan ; un élan qui passe nécessairement par une mutation profonde : promouvoir de vraies communautés d’Évangile, en allégeant l'institution, et en la rendant de plus en plus démocratique, pauvre et humble ?

 

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 L’Église est en retard de 200 ans. Aurions-nous peur ? Peur au lieu de courage ? La foi, la confiance, le courage sont les fondements de l’Église. (…) Seul l’amour peut vaincre la fatigue. Je le vois bien avec toutes les personnes qui m’entourent désormais. » Cardinal Carlo Maria Martini [dernier message...]

 

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 « Qu'est-ce que Dieu veut sauver ? Pour moi, Dieu ne veut pas sauver des individus, Dieu veut sauver l'humanité comme totalité. Dieu veut sauver ce qu'il a créé, car il a créé l'homme pour la liberté.(...) à son image. Mais ce que veut Dieu, c'est l'unité de l'humanité. « Qu'ils soient tous un », c'est le testament de Jésus. (Jn 17, 21). » Joseph Moingt in « Faire bouger l’Église catholique » (éd. DDB 2012).

 

Voici ce qui pourrait être engagé....

 

Il faudra bien un jour basculer d'une Église hiérarchisée à l'extrême, un "Césaro - papisme" qui perpétue une monarchie absolue [où le pape est sans cesse divinisé, sanctifié, idôlatré], à un système démocratique organisé, en grande partie par les Baptisé(e)s, autour de la conception du Sacerdoce commun des laïcs (défini par Vatican II) : chaque Baptisé est (vraiment) prêtres, prophètes et rois... Devenir une église simple, humble, pauvre et accueillante...

 

Comment envisager cette révolution ?

 

Dans l’Église, les Baptisés devraient enfin devenir des adultes, comme ils le sont déjà dans la société. Il devraient prendre leurs responsabilités, et des responsabilités (là où elles sont vacantes) partout dans l' Église, et arrêter de se placer dans une situation de soumission face à la hiérarchie cléricale.

 

Le peuple des Baptisés doit apprendre à critiquer, à protester, et à porter ses revendications au sein même de l’Église....

Il doit oser engager une sorte de "printemps" au sein même de l’Église de France.

  

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Pour commencer, le peuple des Baptisés devrait refuser catégoriquement le pouvoir des Nonces apostoliques et  demander, par tous les moyens possibles,  leur suppression....

Cela dans le but d'obtenir l'autonomie de son Église ; et ceci pour chaque nation... (Église de France, Église d'Allemagne, Église d'Espagne, etc...)

Il faudra envisager par la suite la nomination d' un Patriarche, élu par les églises libres et autonomes, par continent et sous-continent. 

Le pape pouvant garder le rôle d'harmoniser les différentes sensibilités d'une Eglise universelle, libre et plurielle

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 Oui, il serait souhaitable désormais d'ordonner au Sacerdoce de prêtre (de pasteur) des hommes et des femmes mariés - comme cela se pratique normalement dans d'autres confessions chrétiennes. Ces derniers pourraient être élus démocratiquement par la communauté chrétienne de leur secteur, et poursuivre une formation en parallèle avec leur profession. C'est aux  baptisés, fidèles du Christ-Jésus, à le dire à la hierarchie de l'Eglise ; d'oser exprimer ouvertement cette revendication aux évêques.  

 

Par contre, les prêtres qui souhaiteraient rester célibataires (c'est leur droit !) devraient prononcer les 3 vœux religieux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance - et vivre obligatoirement leur sacerdoce au sein de petites communautés religieuses.

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Dans ce contexte d'autonomie démocratique, rien n'empêcherait à ce que l'évêque puisse être élu par sa communauté de fidèles du Christ - et non par le pouvoir central au Vatican - ou même par la Conférence des évêques du pays.

 

(Oui, il faudrait parvenir à arrêter toute forme de papolâtrie, d'infaillibilité pontificale, et autres contraintes absolutistes ; et chercher à se dessaisir du pouvoir absolu d'un Vatican obscur, d'une curie opaque très éloignés des préoccupations des chrétiens de base dans leurs différents pays...)

La tenue d'un troisième concile pourrait alors être envisagée - où les « laïcs » auraient enfin voix au chapitre : Vatican III , ou même "Paris I" , [si la « révolte » contre l'institution est initiée depuis la France !].

 

Il faudrait, par ailleurs, envisager de supprimer les titres de cardinal et aussi celui d'archevêque... Tout ce qui symbolise une hiérarchie pyramidale féodale : arrêter par exemple le port de tous ces costumes, soutanes et coiffes, croix en or, richement pourvus qui rappellent trop le pouvoir clérical  et le décorum des princes de l'église... contraire à l'Esprit des Evangiles.

 

Il faudrait envisager la création d'une Assemblée synodale permanente par diocèse, composée d'élus, avec 50 % de laïcs.

Idem pour le conseil épiscopal qui gouvernerait le diocèse : il devrait être composé aussi de 50% de laïcs.

Il y a urgence à aller de l'avant...

Il y a urgence à ce que le Peuple des Baptisés fasse entendre haut et fort qu'il a désormais, en priorité, voix au chapitre. Il doit pousser l’Église à bouger et à changer ! Le peuple des Baptisés ne doit plus ménager ses critiques vis à vis de l'institution, chaque fois que cela s’avérera nécessaire...

 

Le but ce serait de passer d'une Institution féodale, de type Monarchie absolue, à une Église enfin démocratique et fédérale.

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Ecoutons  maintenant le théologien José Comblin :

 

Ce qui reste de Vatican II

Aujourd’hui, les réformes réalisées par Vatican II nous paraissent très timides et totalement inadéquates par leur insuffisance. Il faudra aller beaucoup plus loin parce que le monde a changé plus ces 50 dernières années que pendant les 2000 années précédentes.

 

De Vatican II nous mettons de côté ce qui suit qui doit subsister comme base pour les réformes à venir :

• Le retour à la Bible comme référence permanente de la vie ecclésiale, au-dessus de toutes les élaborations doctrinales ultérieures, au-dessus des dogmes et de la théologie.

L’affirmation du peuple de Dieu comme participant actif à la vie de l’église, aussi bien pour témoigner de la foi que pour organiser la communauté, avec une définition juridique de droits et de recours dans le cas d’oppression par une partie des autorités.

L’affirmation de l’église des pauvres.

L’affirmation d’une église au service du monde sans recherche du pouvoir.

L’affirmation d’un œcuménisme de partage plus intime entre les églises chrétiennes.

• L’affirmation de l’échange entre toutes les religions, ou pensées non religieuses.

• Une réforme liturgique qui use de symboles et de mots compréhensibles par les hommes et les femmes de l’époque. Les commissions formées à la suite de Vatican II ont abandonné beaucoup de mots et de symboles totalement dépourvus de sens pour les chrétiens d’aujourd’hui et faisant obstacle à la mission.

 

 La situation  de l’humanité d’aujourd’hui, est en état de transformation radicale...

 

De nos jours, le Pape condamne en tant que relativisme des phénomènes propres à l’être humain d’aujourd’hui qui ne peut plus comprendre la manière traditionnelle de connaître les objets de la religion. Ils ne font pas partie de son expérience de vie. La foi est connaissance de la vie de Jésus d’une manière totalement spéciale, sans comparaison avec les certitudes que l’on acquiert dans la vie de tous les jours. Cette condition de l’être humain actuel suppose une profonde révision de la théologie de la foi. Cette révision de la théologie se fait déjà, mais n’est pas divulguée, ce qui fait que, plus que jamais, des millions d’adolescents perdent la foi, parce qu’on n’explique pas ce que c’est.

 

La communauté.

Le christianisme est communautaire. Mais les formes traditionnelles de communauté tendent à s’affaiblir. La famille même a perdu beaucoup de son importance parce que ses membres se rencontrent moins. La paroisse actuelle a perdu le sens communautaire. Apparaissent de nombreuses formes nouvelles de petites communautés fondées sur le libre choix. Ces communautés auront la capacité de célébrer l’eucharistie, ce qui suppose une personne apte à présider l’eucharistie par groupe de quelque 50 personnes. Il n’y a aucune difficulté doctrinale, car dans les premiers siècles la situation était celle-là et il n’y a pas eu de problème. C’est fondamental, parce qu’une communauté qui n’est pas unie dans l’eucharistie n’est pas réellement une communauté chrétienne. Les prêtres à temps plein seront autour de l’évêque de chaque ville importante pour évangéliser tous les secteurs de la société urbaine.

 

Nous ne savons pas quand et comment on en arrivera là. Il est peu probable qu’un Concile qui réunit seulement des évêques puisse découvrir les réponses aux défis du temps. Les réponses ne viendront pas de la hiérarchie, ni du clergé, mais des laïcs qui vivent l’évangile dans un monde qu’ils comprennent. C’est pour cela que nous devons renforcer la formation de groupes de laïcs dont l’engagement concerne aussi bien l’évangile que la société dans laquelle ils travaillent.

Vatican II restera dans l’histoire comme une tentative pour réformer l’église au terme d’une ère historique de 15 siècles. Son seul défaut fut qu’il vint trop tard. Trois ans après sa clôture il se retrouvait mêlé à la révolution culturelle majeure de l’Occident. Ses détracteurs l’accuseront de tous les problèmes surgis de cette révolution culturelle, et, à l’aide de cela, ils le couleront. Mais Vatican II demeure comme un signe prophétique. Au sein d’une église prisonnière d’un passé qu’elle ne sait pas dépasser, il est une voix évangélique. Il n’a pas pu réformer l’église comme il le voulait, mais il fut un appel à regarder vers l’avenir. Cependant il y a de puissants mouvements qui prêchent le retour au passé. Il nous faut protester. Lorsque des gens qui ne comprennent rien à l’évolution du monde contemporain veulent se réfugier dans un passé sans ouverture, nous devons le dénoncer. José Comblin


                                                                       

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Si rien n'est tenté par la base ( c'est à dire par tous les Baptisés), s'ils ne s'organisent pas pour ouvrir l’Église sur le monde, la rendre enfin plus accueillante, conviviale et surtout démocratique, (humble, pauvre et douce de cœur), en l'engageant dans une conversion, pour qu'elle devienne enfin une « Église de la tendresse » (1), rien ne bougera ; et l’Église Institutionnelle actuelle risque (telle qu'elle cherche à se maintenir à tout prix) de devenir, avant de s'écrouler (ou pire de se fractionner), une sorte de "secte cléricale de pharisiens" et trahir, hélas, définitivement le Christ !  Nous en sommes là... à un tournant. Les baptisés sont autant responsables de l'avenir de l'Eglise que leur hiérarchie ; encore faut-il qu'ils veuillent bien en prendre conscience !

 


Mais je fais un rêve !!!   I have a dream...

 

 

1 « Une Église de la tendresse » Mgr Albert Rouet