Article issu du blog  Pour les hommes c'est impossible  (lien et blog ami)
 
Merci au Père Patrick Royannais !
 
 
 
 
Le conflit à propos du mariage pour tous a ébranlé profondément l’Eglise. Certains se sont serré les coudes pour que l’Eglise se fasse entendre et se sont retrouvés solidarisés par l’engagement, renforcés dans leurs convictions. Pendant ce temps, « on n’entend[ait] pas la minorité qui, presque sans voix, tente de lever le doigt pour faire remarquer qu’il y a peut-être, quand même, un petit quelque chose à faire pour rendre la vie moins clandestine aux couples d’homosexuels. » (B. Frappat)
 
Nos communautés ont été profondément ébranlées. Lorsque le prêtre milite avec la majorité, la minorité en prend plein la figure, peut claquer la porte, partir sur la pointe des pieds ou souffrir en silence. Lorsque le prêtre prend ses distances par rapport à l’évidence du positionnement des catholiques, c’est plus difficile à gérer, car la majorité se sent agressée, mais forte de ses certitudes, de la parole d’évêques ou des évêques, elles refusent, et à juste titre, de la fermer. Pas sûr qu’elle demeure toujours charitable envers le prêtre !
 
Ces tensions ne sont pas nées du conflit à propos du mariage pour tous. Elles sont bien plus profondes et n’ont été que clairement manifestées par le conflit. La situation de minorité dans laquelle sont les catholiques exacerbe les positionnements. L’affirmation identitaire, et décomplexée par Jean-Paul auprès de ceux qui se disent eux-mêmes « génération JP II » n’est pas toujours capable de repérer la ligne jaune du catholicisme intransigeant qui a d’ailleurs pignon sur rue, ou plutôt sur cathèdre !
 
Ce catholicisme intransigeant n’est pas le fait d’une minorité de droite extrême et maurassienne. Il est un piège que la culture contemporaine tend à l’Eglise, bien involontairement ! Lorsque les évêques continuent à parler au nom d’une anthropologie naturelle, c’est-à-dire rationnelle, ils continuent à croire ou à faire croire qu’il existe une anthropologie qui s’impose sur toutes les autres, non parce que chrétienne, mais parce que conforme à la raison. Ils ont ici une conception de la raison plus proche de celle des Lumières et du positivisme comtien que du logos évangélique ! Ils se font les hérauts de la raison plus que de la foi. Je croyais avoir lu, sans que bien sûr il s’agisse d’un anti-intellectualisme ou d’un fidéisme, que « ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages. »
 
Que cette anthropologie naturelle ne soit pas sans intérêt, point n’est besoin de le démontrer, qu’elle ne soit pas, comme toutes les autres, lestée des préjugés qui, à ne pas être reconnus, empêchent le dialogue, et voilà le cœur de notre problème. Ne pas voir que prétendre être selon la raison alors que, comme tous, on a des préjugés est une posture superbe qui agresse. C’est exactement pourquoi la posture des évêques a été une erreur quelle que soit la validité, ou non, de leur opinion. Drapé de la transparence de la raison et appuyé sur l’indéfectibilité de la foi, le discours des évêques a été intolérant, et ce d’autant plus qu’il prétendait ne pas l’être.
 
Il n’y a pas relativisation de la raison à reconnaître la contextualisation de la raison. Voilà ce qu’il faut arriver à penser pour la paix dans le monde, la rencontre des cultures et non leur choc, et pour l’évangélisation. Le pluralisme culturel ne saurait limiter la raison, mais ne peut que montrer combien la raison est trop à l’étroit dans l’usage qu’une culture, fut-ce la culture occidentale, en fait.
 
Le centralisme romain de Jean-Paul II et l’européocentrisme de Benoît XVI comme dénonciation du relativisme n’ont absolument pas aidé les chrétiens à en rabattre sur la superbe occidentale. Leurs positionnements ont décomplexé la certitude d’être dans le vrai par l’affirmation de la vérité catéchétique, alors que la vie avec Jésus est bien autre chose que la répétition d’un catéchisme, chacun en convient.
 
Le site internet du Vatican cite dans les « textes fondamentaux » après les Ecritures, le Catéchisme de l’Eglise catholique, puis le droit canon, puis enfin le dernier concile. Voilà qui en dit long sur la hiérarchisation usurpée que l’on veut faire prendre pour la vérité. Et on constate tous les jours l’efficacité de la supercherie. Si vous ne dites pas ce que dit le catéchisme, vous êtes convaincus d’être dans l’erreur, si l’on ne cite pas le concile, que personne ne connaît, qui est évidemment si compliqué, personne ne dit rien. Si vous contestez cela, vous n’émettez pas, seulement, une opinion, mais vous agressez une partie des  catholiques qui ne comprend pas que l’on ne pense pas comme elle dès lors que l'on est catholique.
 
La hiérarchisation des vérités de la foi est tout simplement nivelée par les articles du catéchisme et Unitatis Redintegratio 11 a moins de valeur dogmatique que ce fameux catéchisme ! Cette simple remarque est considérée comme une déclaration de guerre mais l’agressivité vient de ceux qui, refusant de se rendre aux larges espaces de l’évangile, cultivent ce catholicisme qu’ils croient sauver en en faisant le réflexe identitaire du petit troupeau qu’ils rassemblent encore. L’Eglise se sectarise alors que la situation contemporaine lui ouvre les voies d’une universalité qu’elle n’avait jamais pu soupçonner.
 
 

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