IMG_4341 Stan Rougier

 

  Je suis passé, comme chacun d'entre vous, par un premier stade d'existence dans le ventre de ma mère. L'observation scientifique de ce qui s'est passé en nous pendant ces neuf mois, de notre conception à notre naissance, serait passionnante. Nous découvrions tout ce que nous avions besoin pour "après", tout ce qui nous  était nécessaire pour cette "autre vie" qui nous attendait, pour cet "au-delà". Nous nous inventions des yeux pour voir, alors que nous vivions dans l'obscurité ; nous nous fabriquions des poumons pour respirer et il n'y avait pas d'air ; nous nous inventions des mains pour saisir et il n'y avait rien à prendre ; nous nous fabriquions une langue pour parler et nous étions seul. Étonnante aventure ! Avions-nous la moindre idée qu'une "autre vie" nous attendait ? Aucune ! Serait-ce déprécier cet utérin séjour de dire que nous étions là, en train de nous préparer à une autre existence ? Alors pourquoi serait-ce déprécier le stage terrestre de croire qu'il est la préparation d'une autre aventure, capable de donner sens à notre soif d'infini ? Je crois de toutes mes forces que nous sommes aujourd'hui en train de façonner des sens nouveaux qui nous permettront de nous émerveiller de réalités actuellement inconcevables, bien au-delà des joies terrestres les plus stupéfiantes.

   Elle serait drôle, l'interview imaginaire d'un fœtus conscient et doué de parole :

- " Savez-vous qu'il vous faudra un jour quitter ce monde pour aller dans l'au-delà ?  Vous découvrirez le soleil, les fleurs, les oiseaux et surtout le visage de votre mère... Une autre vie, bien plus vivante vous attend. "

- " Je ne comprends rien à tout ce charabia. D'abord, je suis très bien là où je suis. Soleil ?  Oiseaux ?  Fleurs ?  Mère ?  Je ne vois pas de quoi vous parlez. Je sais qu'il me faudra quitter ce monde qui est le mien, vous êtes bien cruel de me le rappeler. Rien ne me prouve qu'il y a quelque chose derrière. D'ailleurs personne n'est jamais revenu ! "

- " Mais cette voix qui vous parle de l'extérieur, elle est bien réelle ? "

- " Je ne sais pas ce que veut dire "extérieur" !  Vous êtes sûrement une illusion, un rêve que j'invente pour me rassurer..."

   Il a fallu naître, c'est-à-dire mourir à trop peu pour accéder à davantage. Ce que nous appelons de ce mot insupportable, "la mort", n'est pas le mot de la fin, le fin mot des choses. Ce n'est que la dernière mutation de l'aventure humaine. le visage de la mort n'est pas celui d'un squelette armé d'une faux. Elle ressemble au rideau d'un berceau que la mère écarte pour embrasser son nouveau-né. "Heureux ceux qui sont morts dans le Seigneur", dit l'Apocalypse (14, 13). Mes propos seraient intolérables s'ils étaient le fruit d'une auto-suggestion. Ils sont le fruit d'une grâce, offerte à tous, et que je me suis contenté d'accueillir malgré le terrorisme matérialiste de mon époque, malgré cette espèce de consensus défaitiste : " Trop beau pour être vrai. "

PLUS JAMAIS LA HAINE

   Vous allez croire que je blasphème la vie parce que la mort m'apparaît avec ce visage de printemps en fête. Je ne peux oublier les violentes accusations de Frédéric Nietzsche : " Rêver d'un autre monde que celui-ci n'aurait aucun sens s'il n'existait pas en nous un puissant instinct de calomnie, d'avilissement, de suspicion à l'égard de la vie : nous nous vengeons de la vie par la fantasmagorie d'une vie meilleure... Les concepts d'au-delà, de paradis, ont été créés dans le but de déprécier le seul monde qui existe... "  Non, je vous assure !  Mon enthousiasme pour les multiples facettes de ce monde n'a jamais été diminué par ma foi, bien au contraire !  L'amour des êtres me gonfle le cœur à le faire craquer. Mais si les avant-goûts terrestres de nos rencontres humaines, de nos amitiés, sont déjà si prestigieux, que direz-vous de ces mêmes liens sans ombre aucune ?  Si les prémices nous coupent déjà le souffle, qu'en sera-t-il du bonheur dans sa plénitude ?  Si le temps a un tel charme, qu'en sera-t-il de l'éternité ?

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   Si nous n'aimions pas la vie, notre amour envers celui qui en est la source serait bien ingrat !  Mais, plus j'aime la vie, plus je trouve hideux les comportements qui la défigurent. Et qui plus que Nietzsche a dénoncé les tares grotesques de la comédie humaine ?

   Le Christ nous présente comme un assassinat le fait de juger son prochain ou de le laisser dans l'humiliation (Cf. Mt 5, 21-22). cela veut dire que tous les jours, nous tuons inconsciemment. Nous préférons garder le sentiment de culpabilité pour des broutilles qui n'abîment personne. Je danse de joie, je pleure de joie, je suis ivre de joie à la pensée qu'il n'en sera pas toujours ainsi !

   Lorsque je me laisse aller à apprivoiser la mort, ce n'est pas à elle, en réalité, que je pense. Je pense à ce que pourra être un jour la vie dépouillée de tout ce qui la tue. Ô Dieu, Tu nous le dis avec force et certitude : " Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle... Écris ; ces paroles sont certaines et vraies " (Ap 21,5).

   Comment ? Est-ce donc possible ? Plus jamais l'homme asservi par l'homme !   Plus jamais le syndicaliste traîné dans la boue, sali de mille rumeurs infâmes par les média officiels !  Plus jamais voir traiter comme de la vermine celui qui pense "autrement" !  Plus jamais les procès d'intention qui se glissent jusqu'au beau milieu du peuple des sauvés !  Plus jamais le père prenant, la nuit, son fils pour un voleur et lui déchargeant son fusil de chasse en plein visage !  Plus jamais la bombe cachée dans un bouquet de myosotis qui explose dans une école maternelle !  Plus jamais ces raffinements de sadisme, de cruauté, de haine !  Plus jamais l'inquisition de l'Église, ni celle du Parti, ni celle de l'Islam intégriste !  Plus jamais le silence complice et le mot "c'est pas grave", pour commenter la délation !  Plus jamais le luxe le plus fracassant sous des yeux d'affamés !  Plus jamais les boat-people du Viêt-Nam ou d'Haïti, violés, rançonnés, égorgés dans le silence !  Plus jamais le péché !  Plus jamais le déchirement de la séparation d'un être cher !  Plus jamais la mort !

   Vraiment, un jour, nous allons vivre !  " Écris ; ces paroles sont certaines et vraies. "

 

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ÉCHANTILLONS DU PARADIS

   Nous avons tous connus, au cours de notre vie, de ces instants de bonheur sans ombre. En les mettant bout à bout, cela ferait bien deux ou trois pas dans l'au-delà. Les hommes, par toute la terre, semblent s'accorder au moins sur un point : il n'y a de bonheur que d'aimer et d'être aimé. En cela, ils sont bien à l'image de celui qui les a créés. Voilà donc de quoi l'éternité sera faite : d'amour. Ma curiosité n'est-elle pas comblée, qu'ai-je besoin d'en savoir plus ?

   " On rira d'être fraternel à tout moment.

     On sera bon avec les autres comme on l'est avec soi-même

     Quand on s'aime d'être aimé. "     (Paul Éluard)

   " Tu ne l'emporteras pas en paradis ! " clame celui que nous avons blessé. C'est somptueusement vrai !  Nous laisserons les couteaux au vestiaire, à l'entrée, avec de pleines besaces de règlements de comptes et de rancœurs.

   Lorsqu'une vie a été bien remplie, donnée, généreuse, celui qui entend le pas de la mort peut frémir de joie. Comme le marin qui retrouve le port après la tempête, comme l'exilé retrouvant le sol de la patrie. Mais il ne servirait à rien de sauter du bateau avant le temps fixé. Il faut avoir lutté de tout son être, contre la haine et l'indifférence, sinon, comment serions-nous aptes au paradis ?  Chienne de vie, je t'aime ! (Monique Brossard-Legrand ;  Éd. du Centurion). Oh ! oui, passionnément, puisque c'est toi qui nous donne accès à l'éternité, c'est toi l'échantillon, c'est toi le galop d'essai, c'est toi le seuil.

   Un jour, le paradis tout entier sera à notre disposition. Un jour, nous entendrons le mot de la fin : " Entre dans la joie de ton Seigneur " (Mt 25, 21). Que nous soyons à l'hôpital avec une sonde dans les narines ou vitrifié sous les décombres d'un nouvel Hiroshima, qu'importe !  Le premier sanctifié, le truand du Golgotha, entendit ces mots avec les poumons qui éclataient de douleur : " Aujourd'hui même, tu seras avec moi dans le Paradis " (Lc 23, 43). En voilà un qui fut canonisé de son vivant et de la bouche même de Jésus !

   Ce que j'aime le plus dans la vie, c'est ce qui, en elle,  est éternel : même la foi, même l'espérance disparaîtront. " L'amour seul ne finira jamais ! " (1 Co 13, 8). Si le chant des cigales un soir d'été, le mouvement d'une abeille sur la lavande, le frou-frou des étoiles, le son d'une voix, ont sur nous un tel pouvoir,  que dirons-nous de celui qui en est l'artiste et le compo-siteur ?  Oh ! comme ils me font rire ceux qui craignent de s'ennuyer toute une éternité sous prétexte que "les soucis terrestres sont le piment de l'existence" !  Comme j'ai du mal à comprendre qu'on puisse dire : "C'est leur fragilité, c'est leur caractère périssable qui donnent aux êtres humains leur valeur."  Est-ce parce qu'elle va mourir un jour qu'un homme aime son épouse ?

   "La mort seule pourra combler celui qui a beaucoup d'espace dans le cœur", disait Saint-Exupéry et il ajoutait : "Dans la mort, l'humain passe enfin à cette perfection, à cet achèvement que toute sa vie il a poursuivi. La chenille meurt quand elle forme sa chrysalide."

   Une grande actrice mourante, Gaby Morlay je crois, disait à son mari, présent à son chevet :  " Ne pleure pas : je ne pars pas, j'arrive. "

 

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SEIGNEUR, ENFIN TE VOIR

   Un jour, nous verrons le visage de ce Christ dont l'amour nous a suivis pas à pas. Notre blessure, c'était son absence. " Seigneur, tu nous a faits pour toi et notre cœur est en tourment jusqu'à ce qu'il t'ait trouvé. " (Saint-Augustin, Confessions, I, 1.).  Un jour, nous allons retrouver notre cœur d'enfant qu'un rien plonge dans l'extase. Enfin, nous allons retrouver ces instants superbes qui nous ont fait vibrer de toutes nos fibres. Des affleurements de la réalité ultime nous ont visités parfois, comme ce rameau d'olivier porté par une colombe, espérance d'une certitude, avant-goût d'une  " terre où coulent le lait et le miel " (Ex 3, 8 etc.). Des flashes d'absolu, des éclairs de bonheur !  À en rire, à en crier, à en pleurer, pour un visage, une voix, un regard, un sourire. N'avons-nous pas compris, alors, combien Dieu s'y connaissait en joies ?

   Cette " terre nouvelle " dont parle la Bible, ce sera la même, peut-être, mais libérée d'un poids de tristesse, de lassitude, d'ennui. Ce monde nouveau sera tissé de relations lui aussi, elles en seront le charme, mais elles seront dépouillées d'un gâchis de précarité, de solitude, de malentendu, de rupture.

   " Ni cris, ni larmes, ni peine, ni mort " (Ap 21, 4). Je me répète inlassablement ces mots. Ils me font frissonner de joie au plus fort des tempêtes.

   Il ne suffit pas d'attendre passivement ce jour. L'enfant se préparant à naître ne néglige aucune seconde qui passe. Préparer l'univers fraternel donne son sens aux tâches les plus quotidiennes. En finir avec ce qui dresse les hommes les uns contre les autres. Dieu peut donner sens à notre vie :

   " Je t'ai créé pour t'apprendre le secret du monde, le secret de ma joie. Ne te désole pas avec démesure de mal aimer, d'aimer à contre cœur, à contre-temps. Tu es à mon image. Ton désir d'aimer te fera avancer pouce par pouce vers le Royaume. Je mets sur ton chemin des êtres blessés, mendiants d'amour. N'en verrais-tu qu'un sur cent, celui-là t'aurait sauvé. Tous ces êtres bancals, fragiles, lorsqu'ils te crient : " Aime-moi ! " t'arrachent au néant. "

   Nous vivons dans un monde qui a un chiffre, un code, une clé. Nous venons de l'amour éternel, nous évoluons lentement vers cet amour, choisi, voulu, désiré, attendu. Ce passage terrestre est un stage, un temps d'instruction, d'entraînement. Il n'y a de progrès que si nos actes nous engagent sérieusement. L'élève pilote progresse parce qu'il lutte contre les éléments contraires. Si la conséquence de ses actes était toujours bonne, il n'apprendrait rien. Ainsi de l'amour. Nous en découvrons l'enjeu chaque fois qu'un mal-aimé se défigure, chaque fois qu'un être aimé se transfigure.

   Cette constatation n'est pas sévère. Lorsque Dieu nous dit : " Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est homicide " (1 Jn 3, 15), c'est pour nous révéler une loi plus fondamentale que celle de la gravitation. L'amour est une question de vie ou de mort.

   Quel éducateur auprès de " l'enfance délinquante " n'a pas été fasciné par la relation entre frustration d'amour et naissance de la haine ou de la déglinge ?

 

EN STAGE D' ÉTERNITÉ

   Agrandir sans cesse, en largeur et en profondeur, le champ d'action et le champ de contemplation de notre cœur, voilà le but de notre stage terrestre.

   J'aime cette comparaison du stage. Imaginez la gêne d'un violoniste débutant se trouvant au beau milieu de l'orchestre le plus célèbre pour un concert exceptionnel. Tous, autour de lui, sont accordés. Lui, il ne sait même pas poser son archet sur le violon. S'il a le malheur de produire un son, tous les artistes en seront éclaboussés de honte. Cette image ne vous suffit pas ?  Pensez alors à l'élève pilote du planeur qui n'a suivi que cinq ou six leçons. Il s'est calé dans son cockpit. Cette fois-ci, il a rusé pour être seul. On a accroché son planeur derrière l'avion remorqueur. Il a réussi miraculeusement à s'élever jusqu'à six cents mètres. Il en savait assez pour larguer le filin. Mais là, soudain, il ne sait plus, il ne comprend plus. Il n'est pas dans son assiette. Celui qui a appris à voler connaît à cette place les joies les plus sublimes. Il capte les ascendances et s'élève très haut dans le ciel. Il croise les aigles et les vautours. Il guette la naissance des nuages. Il contemple les troupeaux de moutons sur le flanc des montagnes. Il se régale. Quant à notre novice imprudent, il est paralysé par l'angoisse. Il actionne le manche en dépit du bon sens. L'appareil se cabre, ralentit, décroche, commence à tomber. Une action malheureuse le met en vrille. Notre stagiaire inexpérimenté ignore les actions urgentes pour sortir de cette situation. C'est fini. Le beau jeu est terminé. Quelques secondes plus tard, il s'écrase, infirme à vie.

 

NE PASSE PAS À CÔTÉ DE LA VIE

   Dans le genre littéraire de l'époque de Jésus, il n'y avait pas d'autres paraboles pour se faire comprendre sinon celles qu'emploie Jésus. Les images de ce temps-là nous font frémir aujourd'hui. Nous pensons au malheureux riche envoyé au feu éternel pour n'avoir pas vu un mendiant à sa porte (Lc 16, 19-31). Cette condamnation est tellement énorme, elle a provoqué tant de paniques à travers les siècles que nous en sommes venus à ne plus jamais penser à nos " fins dernières ".

   Mais de quoi s'agissait-il ?  Il s'agissait de transmettre le message suivant : " Ne passe pas à côté de la vie. "  Tu as été créé pour apprendre à aimer. L'amour n'existe dans ton cœur que s'il s'adresse à tout homme. Tu commenceras par celui qui souffre le plus, pour le délivrer de sa souffrance. Si tu oubliais cela, si tu te détournais de ta vocation première, et si la mort te surprenait avant que tu n'aies reçu cette initiation, il te faudrait apprendre encore, ailleurs, autrement.

   La " géhenne " était une vallée proche de Jérusalem où l'on brûlait les ordures (Mt 5, 22 ; 18, 9). Le feu y était continuel mais les ordures n'avaient pas à y brûler plusieurs fois. " Allez au feu éternel " (Mt 25, 41 ; Mc 9, 43) ne signifie pas : " Allez éternellement au feu. "

   Le mot  " purification "  vient d'un mot grec signifiant :  " passer par le feu ".  Quel bonheur de pouvoir brûler ce qu'il y a eu de sordide dans notre vie !  J'ai mieux compris cet enseignement en passant douze mois dans le silence et la clôture d'un monastère. Privé volontairement de toute activité, de toute étude, de toute rencontre humaine. Il ne me restait plus que Dieu et sa parole dans la Bible. J'étais comme un arbre dont on aurait coupé toutes les racines sauf une. Pour survivre, il me fallut développer à l'extrême cette racine qui ne se nourrissait que de Dieu. Dans ce silence, les souvenirs de mon passé revenaient en foule. La contemplation continuelle de la splendeur de l'Amour divin permettait une acuité de conscience de plus en plus grande. Je revoyais les évènements de ma vie avec une perception aigüe de tout amour manqué. Je percevais la beauté des interventions de Dieu mais je voyais aussi la détresse de ma liberté enchaînée à mon orgueil et à ma dureté. Il y eut là pour moi, une terrible et une merveilleuse purification. J'ai versé pendant ces douze mois plus de larmes que pendant le reste de ma vie. Cette souffrance du  " feu de la géhenne " (Mt 5, 22) n'était pas un  " châtiment ". Je me répétais :  " Regarde combien il est mauvais et amer d'abandonner le Seigneur ton Dieu " (Jr 2, 19) mais c'était un Dieu d'amour qui me disait cela. Tout ce que j'aurais pu endurer et qui m'aurait rendu capable d'aimer davantage était le bienvenu. J'aurais volontiers passé un siècle au bagne pour cette purification.

   L'enfant né avant terme continue son indispensable stage prénatal hors du ventre de sa mère, dans une couveuse. Si la mort nous surprend avant que nous ayons atteint notre maturité spirituelle, peut-être aurons-nous besoin d'être purifiés  " comme à travers le feu " (1 Co 3, 15).

   Toute mort  est une mort prématurée. Nous aurons tous besoin de cette  " couveuse artificielle " nommée  " purgatoire ", pour être délestés de ce que nous  "n'emporterons pas en paradis" : cruauté, rancune, rancœurs, jalousie, ressentiments, haine, mépris...

   Pour être  "présentable", pour être accordé à un tel infini de tendresse, pour avoir un cœur vulnérable au bonheur, nous n'avons pas une minute à perdre. Chaque instant du présent pèse son poids d'éternité. Alors, au bout du chemin, elle pourra être noble et belle, cette heure

   " où le jour baisse aux fenêtres...

   Quand tombe la voix de la meule,

   quand s'arrête le chant de l'oiseau

   et se taisent les chansons...

   Et l'amandier est en fleurs,

   et la sauterelle est repue,

   et le câprier donne son fruit.

   Lorsque le fil d'argent se rompt,

   que la lampe d'or se brise,

   que la jarre se casse à la fontaine...

   Tandis que l'homme s'en va vers sa maison

       d'éternité. "   (Qo 12, 3-6)

 

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