Après avoir pris rendez-vous, je suis allé rendre visite à Théophile qui conserve

précieusement le journal de guerre de son père. Ce dernier a été un héroïque

combattant de la première guerre mondiale 14-18 - un «poilu» comme on a eu

coutume de les nommer. Théophile a bien voulu nous en confier quelques extraits...

 

 

Marcel, natif de Bergues, est né en juillet 1894. Il eut donc vingt ans en juillet 1914. Le 27 Août, il partait déjà pour le front et ne fut démobilisé que le 16 Août 1919.

Après une instruction très dure au camp de la Courtine, il dû subir, avec ses camarades, de violents combats dans la Somme, dans l'Aisne et en Champagne. Marcel arrive aux Eparges (Meuse) le 4 Avril 1915. Il y a partout de la boue et de l'eau. Il fait glacial. Il eût alors les pieds gelés et dû être évacué vers plusieurs hôpitaux où il reçut la visite de ses proches : sa mère, sa sœur et même son grand-père alors âgé de 85 ans.

 

A peine guéri, volontaire, il repart au front comme mitrailleur, et c'est de nouveau la montée aux tranchées dans le secteur d'Artois qui ne lui laisse qu'un souvenir de boue, de mines et de torpilles. Fin avril 1916, ce fut Verdun où, à chaque instant, on frôlait la mort. On peut ainsi lire dans son journal : « Nous arrivons aux tranchées à 10 heures du soir. Tout y est bouleversé ; nous n'y relevons que des cadavres. On rampe sous les arbres abattus et déchiquetés par l'artillerie, on trébuche sur des quantités d'équipements et de fusils abandonnés. Les boches nous font un tir de barrage en règle. Au matin, nous voyons enfin où nous sommes. Ce n'est plus qu'une série de trous d'obus que nous occupons. L'artillerie ennemie commence à nous arroser copieusement de 210. C'est un véritable enfer. Je ne pense plus à rien, j'attends la mort qui me délivrera de cette souffrance morale que seul le véritable combattant de cette guerre a pu ressentir. Nous avons beaucoup de pertes.»

 

Plus loin, Marcel transcrit des événements plus personnels mais tout aussi dramatiques : « Tous les soirs, comme volontaire, j'allais au ravitaillement qui se faisait au «Ravin de la mort» justement nommé. C'était environ 2 km aller et autant pour le retour qu'il fallait franchir sous le feu meurtrier de l'ennemi. Un soir, comme je revenais de la distribution, nous étions dans une niche faite dans ce qui reste de parapet de la tranchée. Tout à coup, un 210 tombe à côté de nous, tuant des camarades, en blessant d'autres. Je suis enseveli jusqu'au cou. J'étouffe littéralement. Je n'ai dû la vie sauve qu'à la Providence et ensuite qu'au courage de mon chef de pièce qui, au péril de sa vie, m'a arraché à cette mort terrible en me déterrant et en m'emportant dans ses bras ».

 

« Ces jours furent bien pénible ; sous une grêle d'obus, on mourait de soif ; j'ai bu dans des trous d'obus de l'eau pleine de boue que je n'aurais pas donnée pour tout l'or du monde ».

 

Marcel reçut la médaille de Verdun et fut inscrit au livre d'or. Après bien d'autres campagnes très meurtrières où il fut téléphoniste, il reçut alors la croix de guerre avec citation : «Le 1er juin 1918, il n'a cessé de réparer les lignes coupées à plusieurs reprises par le bombardement et a permis au chef de bataillon d'être relié à peu près sans interruption avec la majeure partie de la première ligne.»

 

Le 14 juillet 1919, ce fut avec ses camarades survivants le défilé triomphal à Paris.

 

 

 

 

Appareil Huguette 108 (2)